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La responsabilité de tous

La Revue D’Auroville  ○  Sun, May 1, 2016

J’ai été profondément émue par ce travail et par Dominic Barter, le père des Cercles restauratifs. J’ai vraiment senti que c’était la CNV appliquée aux conflits dans le cadre d’une communauté.

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Revue d’Auroville - L'aura, comment est né ton intérêt pour la résolution de conflits ?

L’aura – Après être partie d’Auroville pour faire mes études, j’ai enseigné au Canada pendant trois ans, et puis je suis revenue à Auroville.

Les trois premières années j’ai enseigné à Future School et je pensais vraiment que j’allais rester prof toute ma vie, mais étant très idéaliste j’étais super frustrée de voir qu’en fait je devenais de plus en plus comme un flic avec les élèves et je n’aimais vraiment pas ça, alors j’ai décidé de laisser tomber l’enseignement.

Trois mois plus tard, j’ai découvert un livre sur les principes de la Communication non violente (CNV) et j’ai adoré, sans vraiment savoir qu’il était en fait possible de se former et d’en faire l’expérience pleinement.

Quelques jours plus tard j’ai vu une annonce dans les News qui proposait un stage de cinq jours sur la Communication non violente. Dès les cinq premières minutes du stage, j’ai su que cela allait avoir une grande importance dans ma vie.

La CNV ne sert pas uniquement à résoudre des conflits bien qu’une grande partie de ce système permette de régler les conflits internes ou externes. Dans la Communication non violente, on écoute vraiment les besoins, nos besoins, communs à tous les êtres humains. On apprend aussi à entendre ce qu’il y a derrière ce que nous exprimons, derrière nos messages, qui la plupart du temps sont négatifs. La CNV nous aide à voir la beauté des personnes derrière ces signaux négatifs et à rétablir le lien brisé entre ces personnes.

Ensuite je me suis totalement consacrée à l’étude de ce processus et j’ai commencé à faire des médiations, à aider des gens en privé, des individus ou des petits groupes.

Et puis il y a presque six ans mon ami Jason et moi sommes allés aux Etats-Unis pour rencontrer un formateur CNV qui travaillait en prison, c’est là que j’ai découvert les Cercles restauratifs (ou Restorative Circles, RC).

J’ai été profondément émue par ce travail et par Dominic Barter, le père des Cercles restauratifs. J’ai vraiment senti que c’était la CNV appliquée aux conflits dans le cadre d’une communauté.

Souvent on pense que les conflits sont personnels. « Cela ne concerne que toi et moi, cela ne concerne ni mon voisin ni ma mère ni ton frère ni ma meilleure amie, etc. », mais ce n’est pas vrai. Cela a un impact sur bien plus de personnes qu’il n’y paraît. Les conflits peuvent impacter une grande partie de la communauté, alors que généralement nous les voyons comme quelque chose de personnel entre deux personnes.

Un des buts des Cercles restauratifs est de prendre conscience de cet impact et puis, si on se met en cercle avec plusieurs personnes pour résoudre le conflit, on a accès à davantage de ressources – bien plus que si le processus est limité à deux ou trois personnes. Chacun peut prendre la responsabilité de contribuer à une résolution. Et donc, avec ce soutien de la communauté, la résolution risque d’être plus créative. La vision des Cercles restauratifs est vraiment très systémique. Dans cette vision plusieurs personnes de la communauté peuvent être en lien avec le conflit, elles ont un rôle à jouer là-dedans.

À la base, ce qui fait avancer le cercle, c’est de pouvoir s’entendre ; donc si X arrive à entendre Y, Y sentira qu’il a été entendu et il sera par conséquent davantage capable de m’entendre, moi. Donc tout le monde participe au dialogue, ce n’est pas juste entre deux personnes.

Dans cette vision, tous les membres du cercle prennent la responsabilité de rétablir la connexion qui a été coupée. Souvent on est très mal à l’aise avec les conflits. On se dit : « Ah non, non, cela ne me concerne pas », mais c’est faux. Si on veut créer Auroville ensemble, tout le monde doit prendre la responsabilité de ce qui se passe ici. Comment peut-on avancer si, dès qu’il y a un conflit, je me dis : « Ce n’est pas mon problème, débrouillez-vous » ? Auroville ne pourra pas grandir avec une telle attitude.

RdAV À Auroville nous avions déjà la médiation et l’arbitrage, que viennent ajouter les Cercles restauratifs ?

L – Elvira et Niva offrent des outils qui font aussi partie de la justice restaurative.

Dans la médiation on ne cherche pas de coupable. Une des conditions est que les parties fassent preuve de bonne volonté et on essaye de voir comment arriver à une solution qui tienne compte des besoins des deux parties.

L’arbitrage peut être utilisé si une des deux parties s’oppose totalement à la demande de l’autre. Il peut être aussi utilisé comme une démarche volontaire pour deux parties qui ne veulent pas passer par la médiation. Dans l’arbitrage, les parties signent un document s’engageant à accepter la décision prise par le groupe d’arbitres. Le problème, c’est qu’à Auroville il n’y pas de répercussion « légale», et si nous ne respectons pas la décision alors que nous nous étions engagés à le faire, il n’y aura ni police ni juge devant qui nous devrons comparaître.

C’est difficile à Auroville, mais je trouve que cette difficulté, c’est notre beauté. On doit trouver le ou les moyens de régler nos conflits avec de la bonne volonté, et même si la bonne volonté manque, essayer de trouver un moyen de les résoudre tout en étant en cohérence avec nos valeurs.

Une troisième possibilité se trouve dans les Cercles restauratifs. Nous en sommes encore au début de notre voyage. Ce processus n’est présent à Auroville que depuis cinq ans .Pour l’instant nous avons touché une soixantaine de personnes lors de nos stages.

Depuis quelques mois nous avons décidé d’explorer ce processus à plein temps, pour le développer sérieusement à Auroville afin de pouvoir explorer une autre manière de gérer nos conflits.

En septembre j’ai senti un regain d’énergie pour développer cela et j’ai lu dans les News que le groupe qui s’occupe de coordonner les projets à financer accueillait de nouvelles demandes. J’ai donc saisi l’occasion. Je leur ai envoyé un projet, avec une demande de maintenance pour pouvoir m’y consacrer à plein temps. Ainsi je pouvais rester ici en m’impliquant vraiment pendant une année, sans devoir partir d’Auroville pour gagner de l’argent à l’extérieur. Juste après Noël, nous avons reçu la nouvelle que notre projet a été accepté grâce à des donateurs hollandais, la fondation Stichting De Zaaier.

RdAV Alors maintenant qu’est-ce qui se passe concrètement ?

L – Nous avons des réunions de trois heures chaque semaine avec notre équipe, nous discutons de nos stratégies et décidons des événements à venir, etc.

Nous proposons un atelier un week-end par mois, et à ma grande joie la majorité des participants sont des Auroviliens. Nous avons aussi quatre groupes de pratique par mois.

Le but de ces ateliers est de former les personnes à ce processus, pour qu’elles se familiarisent avec le dialogue autour des conflits et de la justice. Et puis de leur apprendre à pratiquer une écoute profonde.

Nous avons commencé maintenant à intervenir dans de vrais conflits.

Nous avons aussi un projet intitulé « Truth and Reconciliation Process ». C’est un processus de réconciliation s’adressant aux anciens conflits d’Auroville qui n’ont pas vraiment été résolus, de façon à pouvoir donner un nouveau départ aux personnes concernées. En effet, qu’on le veuille ou non, il reste des jugements dans nos têtes et nous n’arrivons pas à voir la personne sans l’image de ce qu’il ou elle a fait dans le passé.

Notre intention est de commencer par offrir ce processus à des personnes qui n’ont pas pu être sélectionnées comme membres possibles du Council et du Working Committee. Certains de ces Auroviliens ont été jugés durement et même si c’est pour de valides raisons, la communauté ne leur a pas donné la chance de se racheter ou de faire table rase du passé. J’espère pouvoir offrir un espace pour cela, pour ceux qui y sont prêts. Je pense à un conflit en particulier, et à mon avis il n’a pas été résolu parce que nous avions trop de jugements sur ce qui est correct ou pas. De plus nous n’avions pas les outils adaptés.

Et puis nous n’avons pas encore vraiment compris que nous avons la responsabilité d’exprimer ce qui nous blesse, ce qui nous touche – et d’écouter l’autre avec bienveillance. Nous n’avons pas encore pris la responsabilité individuelle de vivre notre Idéal d’Unité.

Nous avons des valeurs très hautes mais au niveau des conflits nous sommes encore très immatures.

Interview recueillie par Hamsini